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La variation des styles de parole en fonction du contexte social
La découverte du caractère systématique de la variation des styles de parole en fonction des caractéristiques sociales de la situation d’interaction langagière est l’œuvre de William Labov dans les années soixante-dix. Le style est alors défini comme le degré d’attention qu’un locuteur porte à sa propre production linguistique… Cette approche «variationniste» est bien connue, particulièrement à l’Ecole puisque Pierre Encrevé en est l’un des auteurs classiques. Je me limiterai donc à un tout petit secteur de ce vaste domaine, dans lequel le fil rouge est la référence à Mikhaïl Bakhtine. Dans le livre de Penelope Eckert & John R. Rickford, Eds., Style and Sociolinguistic Variation, Cambridge, CUP, 2001, Bakhtine est cité trois fois:
C’est en 1980 — toujours le moment du tournant dialogique! — que N. Coupland propose une nouvelle approche de la variation stylistique (Style-shifting in a Cardiff work-setting, Language in Society 9-1 (1980) : 1-12). Il fait le point vingt ans après dans sa contribution au présent ouvrage: Nikolas Coupland, Language, situation, and the relational self: theorizing dialect-style in sociolinguistics, in Eckert and Rickford, Eds., Style and Sociolinguistic Variation, pp. 185-210. Le texte de Bakhtine que cite Coupland et dont la traduction américaine date de 1981 est celui qu’on trouve en français dans Mikhaïl Bakhtine, Esthétique et théorie du roman (Paris, Gallimard, 1978) sous le titre «Du discours romanesque». Spéc. p. 111:
(Commentaire de Coupland, p. 196:) «Individual stylistic /stai'listik/ configurations are seen as necessarily espousing ideologies and sociocultural positions that have implications for the identities of their proponents. For Bakhtin, styles are conflict-oriented in the ways that social discourses are for critical linguists. ‘Heteroglossia’ is the struggle—of people through language—to maintain, assume, or subvert positions and control. Developing this view, however, Bakhtin claims that styles are never internally uniform, since ‘the word in language is half someone’s else’ [Esth. et théor. du roman, p. 114: «Le mot du langage est un mot semi-étranger»; Esthétique de la création verbale, Paris, Gallimard, 1984, p. 331: «Le mot est interindividuel »].» Soulignant que la perspective de Bakhtine reste centrée sur les textes (still text-focused), Coupland va transplanter Bakhtine en ethnographie et l’intégrer à une sociolinguistique variationniste, définissant le style comme expression concertée d’une personnalité (style as persona management).
Dans cette perspective qui place la subjectivité sur le devant de la scène langagière, l'alternance codique est le phénomène central.
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