- Viva Voce
- Enonciation
- Conversation
- Performance
- Langue maternelle
- Iconicité
- Son de voix
Claude Jamain fait avancer d'un degré l'analyse de cette mutation de notre sensibilité collective qu'on appelle «perte de la voix» dans un livre très original intitulé Idée de la voix. Etudes sur le lyrisme occidental, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2004, dont voici l'argument (p. 8):
«Il a été question de la perte de la voix à diverses époques: dans l'Antiquité, à la fin du Moyen Age, avec le Romantisme; le plus souvent, on étudie la disparition de l'oralité au profit du texte imprimé. Mais ce que je veux considérer, c'est le sentiment d'une perte de la voix collective, celle d'Homère ou du poète chanteur, celui qui parle pour tous, dans une expérience de beauté. Un sentiment d'exil de cette voix des origines, à la fois terrestre et céleste, en découle, qui devient plus lourd à supporter à certaines époques, bien que né avec l'humanité. A l'exilé, il n'est plus que la voix individuelle enfermée dans le corps, dont il faut l'exprimer, tout en déplorant la séparation. Avec cette constatation commence la modernité: à la fois acte de revendiquer la puissance du souffle humain, comme celui de Marsyas [l'archétype des joueurs de flûte], et d'appeler avec nostalgie la voix première, représentée par la lyre d'Apollon. Cette rêverie d'une voix perdue à l'intérieur du corps, qui est comme un fragment isolé d'une voix générale, les tentatives pour la découvrir sont multiples: il s'agit d'aller sous les apparences, sous la couverture des choses, peau, surface peinte ou langage pour retrouver les sons de l'origine.»
C'est à la lumière de cette distinction entre voix collective (la lyre) et voix individuelle (la flûte) et dans le cadre de cette mutation au cours de laquelle se perd la voix collective, que Jamain interprète l'avènement et l'autonomisation de la mélodie (voix individuelle) par rapport à l'harmonie (voix collective), dans l'Opéra italien du XVIIe siècle, puis sa perte deux siècles plus tard.