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© Les Festes de Thalie

2009-2010

Scénographies de la voix: écriture et spectacle

Tous les Jeudis de 11 h à 13 h, salle 8 (105 bd Raspail)

du 5 novembre 2009 au 10 juin 2010

Prochain séminaire
Jeudi 18 mars 2010
de 11h à 13h, salle 8, 105 bd Raspail

 

18 mars 2010
La Mélodie comme «art d'imitation» (Rousseau)
Approche musicale de l'iconicité dans le langage

Les problèmes, les méthodes et les thèmes exploités dans nos Scénographies de la voix ont une histoire née à l'interface du Pragmatisme (Peirce) et de l'anthropologie culturelle américaine (Sapir), renouvelée une première fois dans le cadre de la poétique et de la sémiotique européennes (Jakobson), puis une seconde fois à partir d'une réflexion sur le chant des oiseaux (Mâche) et l'herméneutique des mantras (Staal). Esquissée à plusieurs reprises et par petites touches au cours de nos différents séminaires, cette histoire ne peut être précisée que très progressivement. Le fil conducteur, l'idée directrice ou si l'on préfère le concept qui subsume l'ensemble de notre enquête à l'interface du langage et des arts vivants, c'est l'iconicité dans le langage, qu'il convient de définir aussi précisément et concrètement que possible.

C'est le pouvoir qu'ont les sons de la voix qui parle ou qui chante de dessiner dans la pensée de celui qui écoute un diagramme, une icône, c'est-à-dire une image symbolisant un type d'objets dont l'auditeur éprouve effectivement la présence dans sa pensée parce que cette image est conforme à ce qu'il sait déjà intuitivement, intérieurement, par inward acquaintance comme dit Peirce.

Je reste insatisfait des présentations que j'ai faites jusqu'à présent de l'iconicité dans le langage, et plutôt que de multiplier les gloses en restant prisonnier de la terminologie et des approches contemporaines, je vais en explorer la préhistoire. Mon point de départ est l'article COMPOSITION du Dictionnaire de musique de Jean-Jacques Rousseau (1767):

«Dans une composition l’auteur a pour sujet le son physiquement considéré, et pour objet le seul plaisir de l’oreille, ou bien il s’élève à la musique imitative et cherche à émouvoir ses auditeurs par des effets moraux. Au premier égard il suffit qu’il cherche de beaux sons et des accords agréables ; mais au second il doit considérer la musique par ses rapports aux accents de la voix humaine, et par les conformités possibles entre les sons harmoniquement combinés et les objets imitables.»

Rousseau, Œuvres complètes, publiées sous la direction de Bernard Gagnebin et Marcel Raymond dans la «Bibliothèque de la Pléiade» (Paris, Gallimard, 1959-1995), Vol. V, pp. 721–722.

C'est dire que la voix humaine rend présents à l'âme de l'auditeur les objets qu'elle «imite»; elle produit son chant et ses accents en conformant les sons aux «objets imitables». J'espère éclairer par comparaison cet art d'imitation (la mélodie) qui modèle les sons sur les objets qui nous émeuvent (selon Rousseau) et le jeu des correspondances (l'iconicité) entre le registre des sons (the level of sounds) et le registre de la signification (the level of meaning) selon Jakobson quand the sound [is] an echo to the sense.

 

(à suivre)