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séminaire du 8 avril 2010
«Les emblèmes sont ces actes non verbaux a) qui ont une traduction verbale consistant en un mot ou deux ou une formule brève (a phrase), b) pour lesquels ce sens précis est connu par la plupart ou la totalité des membres d'un groupe, d'une classe, d'une subculture ou d'une culture, c) qui sont le plus souvent utilisés délibérément avec l'intention consciente d'envoyer un message particulier à une (d') autre(s) personne(s), d) pour lesquels la personne qui voit l'emblème connaît ordinairement, non seulement le message de l'emblème, mais aussi qu'il lui a été délibérément adressé, et e) pour lesquels l'émetteur prend habituellement la responsabilité d'avoir fait cette communication. Une pierre de touche supplémentaire pour reconnaître un emblème: remplacé par un mot ou deux, son message verbalisé n'aurait pas modifié substantiellement la conversation.»
Ekman et Friesen (1975 : 336)
Notez bien: des actes non verbaux (ne relevant pas du langage articulé), même quand ils sont phoniques (voix).
1 / Structure de l'emblème en général
Une dualité constitutive d'une scénographie, à la frontière de l’image et du texte, ou bien du son et du texte. L’emblématique est la mise en relation, rigoureusement codifiée, d’une illustration graphique (pictura) et d’une légende explicative (subscriptio), généralement présentée sous forme de maxime. Corrélation entre l’image de la réalité sensible et le discours qui lui est associé. Noter la prégnance de cette forme de représentation conventionnelle dans la poésie baroque, au 17e siècle.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Livre_d'emblèmes
Les livres d’emblèmes sont des livres illustrés de gravures qui sont publiés en Europe aux 16e et 17e siècles. Chaque gravure sur bois ou sur métal est associée à un titre et un texte.
Tous les livres d’emblèmes ne comportent pas d’illustrations, mais dans les éditions illustrées, chaque «emblème» se compose de trois éléments:
On le voit par comparaison, les miniatures indiennes comme celle qui représente la femme abandonnée sous un manguier sont des emblèmes. Lorsque les Mantras prennent une forme graphique, leur valeur emblématique est évidente, et tout naturellement s'impose l'idée des mantras comme emblèmes phoniques.
2 / Entre l'image et le texte, entre le son phonique et le texte
Mon hypothèse est que l'iconicité des noms propres est de même nature que l'iconicité des emblèmes. Proust est l'un des écrivains qui a le plus exactement mesuré l'iconicité des emblèmes sonores, qui en a donné de multiples exemples et qui en a fait d'une certaine façon la théorie à propos de la petite phrase de la sonate de Vinteuil dans Un amour de Swaan:
«La petite phrase continuait à s’associer pour Swann à l’amour qu’il avait pour Odette. Il sentait bien que cet amour, c’était quelque chose qui ne correspondait à rien d’extérieur, de contestable par d’autres que lui ; il se rendait bien compte que les qualités d’Odette ne justifiaient pas qu’il attachât tant de prix aux moments passés auprès d’elle. [...] Mais la petite phrase, dès qu’il l’entendait, savait rendre libre en lui l’espace qui pour elle était nécessaire, les proportions de l’âme de Swann s’en trouvaient changées; une marge y était réservée à une jouissance qui elle non plus ne correspondait à aucun objet extérieur et qui pourtant, au lieu d’être purement individuelle comme celle de l’amour, s’imposait à Swann comme une réalité supérieure aux choses concrètes.»
Proust, A la recherche du temps perdu, Paris, Quarto Gallimard, 1999, p. 194.
Je commenterai cette dialectique entre l'extériorité et l'intériorité à travers quoi la petite phrase emblématique («l'air national de leur amour») ouvre, libère, instaure un espace intérieur dans l'âme de Swaan.
Un amour de Swaan, Quarto, 173 sqq., 180** (l'air national de leur amour), 194 sqq.***, 282 sq.
Georges Poulet, L'espace proustien I, La Nouvelle NRF, 1963.
Max Dorra, Quelle petite phrase bouleversante au cœur d'un être? Proust, Freud, Spinoza, Paris, Gallimard, 2005.
3 / L'emblème ou le nom propre est l'icône d'un index (Peirce)
Distinction courante depuis James Stuart Mill entre nom commun et nom propre: «Les noms propres ne sont pas connotatifs, ils désignent les individus, mais ils n'affirment pas, n'impliquent pas des attributs appartenant à ces individus.» On distingue donc
Que devient la force iconique du nom propre, dans le cadre d'une linguistique de l'énonciation où noms propres et noms communs se confondent comme en Inde? Même si le nom propre n'a pas de connotations (au sens de la logique classique = des prédicats), lorsqu'il fonctionne, en situation, dans une situation d'énonciation, l'emploi du nom propre présuppose un vécu.
Manuscrit 516 (Peirce)
«Par nom propre, j'entends le nom de quelque chose considéré comme chose unique, et cette chose que le nom propre désigne doit avoir été une chose avec laquelle l'interprète était déjà familiarisé par expérience directe ou indirecte.»
Ce qui fait que le nom propre est l'icône d'un index (Peirce).
Ne jamais oublier que les emblèmes comme les noms propres sont des objets de mémoire; ils n'ont de sens et d'usage que pour évoquer, invoquer, instaurer une présence en la faisant ressortir sur un fond de mémoire, de déjà rencontré. Conformément à la méthode suivie dans mon projet de scénographie de la voix, je transposerai cette analyse littéraire dans le domaine indien et particulièrement dans Kayar où les emblèmes sonores sont des noms propres, des mots sanskrits enchâssés dans la prose malayalam ou des fragments cristallisés dans l'écriture de voix qui chantent et qui dansent. Voir Paramu Asan partant pour Kashi: le jalapâtram (pot à eau du mendiant) et le kâvimunti (robe safran). Noms communs qui sont des emblèmes.
Liens pertinents
http://ehess.tessitures.org/scenographies/scenographies/gestuelle/typologie-gestuelle.html
http://ehess.tessitures.org/vivavoce/iconicite/perception/voix-interieure.html
Revue Littérature 2007/1 sur le portail Cairn:
http://www.cairn.info.gate3.inist.fr/revue-litt%C3%A9rature-2007-1.htm
http://emblem.libraries.psu.edu/home.htm