La position du contrapposto ou hanchement
A verser au dossier «Gestuelle au théâtre»
Le contrapposto ou hanchement désigne dans les arts visuels une attitude du corps humain où l'une des deux jambes porte le poids du corps, l'autre étant laissée libre et légèrement fléchie.
green_corps_eloquent.pdf — Eugène Green, Le corps transfiguré, in La Parole baroque, Paris, Desclée de Brouwer, 2001, pp. 135–163.
(150) Le corps baroque n'est jamais vraiment en état statique, mais exprime toujours des tensions; il présente une harmonie qui naît non pas de la perfection de formes finies, mais d'un équilibre entre tensions opposées […].
Appliquée à la pronuntiatio, le « corps éloquent» baroque impose à l'acteur qui incarne la parole deux grands principes. Premièrement, la position du corps ne peut jamais être symétrique (dans les représentations visuelles, les seuls corps symétriques sont morts): les pieds formeront un angle, et il y aura un déhanchement ou une torsion de la partie supérieure du corps; idéalement, l'acteur sera in contrapposto (si le pied gauche est en avant, l'épaule gauche sera en arrière, et inversement). Deuxièmement, puisque le corps n'existe que par rapport à une réalité supérieure, qui, dans la pronuntiatio, est la parole, sa forme sera l'ensemble des moments sonores qu'il incarne: c'est pourquoi chaque geste, qui se rapporte toujours à une parole précise, doit obligatoirement trouver un moment d'immobilité avant la fin du mot, car cette «stase» est l'existence corporelle conférée par le vocable.
Redécouverte de la gestuelle baroque
Christophe Deshoulières, L'Opéra baroque et la scène moderne, Paris, Fayard, 2000.
(459) Dans un domaine qui appartient aux hypothèses et au goût, il existe trois sources essentielles pour les chercheurs qui tentent de reconstituer la rhétorique gestuelle baroque: les traités et textes théoriques des rhéteurs ou des artistes; le travail concret déjà accompli sur la gestuelle comme prolongement de la danse; et l'iconographie. […]
D'après la statuaire antique tardive (d'influence hellénistique), la courbure du corps est considérée comme particulièrement gracieuse: quand le poids du corps repose sur une seule jambe, le déhanchement produit un déportement de /460/ l'équilibre général qui anime la silhouete d'une courbe ou de deux contre-courbes. Ce déportement esthétique en forme de «S» est la figure que la statuaire baroque reprend systématiquement au modèle antique. Le Bernin, en la traduisant à l'extrême, exalte le contrapposto, qui torsade les corps. Supplice ou extase, cette figure extrême de l'incarnation pathétique est propre à inspirer la danse comme les attitudes de l'interprétation théâtrale, pour transcender le mouvement, valeur suprême de la théâtralité baroque. Dans la représentation générale de la scène baroque, de courbes en contre-courbes, les figures rhétoriques du corps, telles celles du texte, rejoignent analogiquement les figures géométriques employées par la scénographie. Ainsi, dans les représentations lyriques du début du XVIIIe siècle, les gestes contournés des chanteurs et des danseurs devaient en quelque sorte s'harmoniser avec les décors obliques des Bibbiena et de Servandoni, maîtres de la déviation des perspectives.