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© Les Festes de Thalie

La voix dans l'écriture

Séminaire du 30 avril 2009

 

Le panorama que nous avons dressé en 2008–2009 des tentatives existantes de construction de réalités virtuelles modélisant les arts de parole fait la part belle aux arts vivants et la littérature, du moins jusqu'à présent, ne semble pas être concernée par des «Scénographies de la voix». Le paradoxe est pourtant que des raisons impératives vont me conduire à recentrer notre projet sur l'écriture — je veux dire l'entextualization ou les textes écrits — et la littérature. Mettant en question la frontière entre la parole et l'écriture et convaincu du fait que la littérature, qui faisait l'objet de déclamation à haute voix jusqu'à une époque relativement récente dans notre culture européenne où s'est imposée la lecture silencieuse, appartient aux arts vivants, je me limiterai dans mes tentatives personnelles à des scénographies de la vive voix qu'on entend dans l'écriture, c'est-à-dire dans un texte littéraire.

Je voudrais amorcer les développements 2009–2010 au cours desquels, sur des matériaux ethnographiques et littéraires que j'ai moi-même recueillis, j'appliquerai mes scénographies à des arts de parole — chansons et dialogues, discours rapporté, skaz et variations dialectales, textes à double sens, métalepses et autres procédés d'oraliture — fixés dans l'écriture.

La recherche anthropologique subit une double contrainte: elle est ethnographiquement située, et le choix de ses objets d'étude est déterminé par les outils d'analyse et les langues de travail que nous pratiquons au long cours dans nos enquêtes de terrain; ces outils et ces langues, pour un chercheur individuel, forment une panoplie forcément limitée. Ces limitations m'obligent, comme ethnologue de traditions écrites, à inscrire mes scénographies de la voix dans le cadre d'une œuvre littéraire singulière dont je poursuis la lecture dans une langue exotique, depuis plusieurs années, en la traduisant pour la scénographier dans ma langue maternelle.

Ma méthode s'inspire autant de la traductologie que des performance studies. Plutôt qu'une traduction, en effet, je m'efforce de réaliser ce que les informaticiens, lorsqu'ils traduisent un site web d'une langue dans une autre, désignent en anglais du mot de localization. Je préciserai ultérieurement les procédés et les processus à l'œuvre dans cette entreprise de traduction multimodale qu'est la «localisation» d'un site web: appropriation, transposition et remaniement non pas tant du texte que des images et des sons, des liens et des formulaires, des métadonnées et parfois même des templates. Cette traduction multimodale, telle que la pratiquent les concepteurs-rédacteurs de sites web, m'apparaît comme une scénographie appliquée à un texte ethnographiquement situé. Je m'en inspire en transférant les méthodes et les outils de «l'édition web» dans l'étude d'une littérature exotique.

 

(à suivre)