Faulkner, scénographe de la polyphonie
Tension essentielle entre la voix et l'écriture

Nos scénographies de la voix sont des essai de modélisation des arts de parole. Je ne dis pas «formalisation» (pas de mathématiques) mais seulement «modélisation» (seulement de la grammaire et de la rhétorique). Nous nous efforçons d'accéder aux logiques implicites dans la production de la voix et la participation aux arts de parole.

Les romans les plus «modernistes» (au sens technique du mot) de Faulkner, comme Le Bruit et la fureur auquel dans un premier séminaire je limite le choix de mes exemples, mettent en œuvre des procédés que nous pouvons utiliser dans nos scénographies de la voix. Procédés tels que la diversification des points de vue, les parallélismes, cumulations et assonances (techniques du conteur), l'inflation des phrases sans paroles (style indirect libre) et surtout la métalepse. Ces procédés s'inscrivent dans une dialectique entre la voix et l'écriture:

What does the dialogue of Faulkner’s characters ultimately accomplish in his narratives? Yoknapatawpha County is home to a host of voices, black and white, male and female, that murmur incessantly. The town of Jefferson itself often seems to speak in a collective voice. In the midst of so much talk, however, do people ever really listen to each other? The conversations between even Faulkner’s most prolific interlocutors (Mr. Compson and Quentin, for example) certainly leave us with little sense that they really understand one another any better as a result of their dialogue. We as readers may understand them better through poring over their verbal exchange (which we are given in written form), but they are not so privileged. Stephen Ross says that in Faulkner’s works “voice and writing are in constant tension . . . [for] the tools of writing can be used to generate voices, and . . . the voices of fiction constantly lead us back to the written nature of literature”(*).

(*) Stephen M. Ross, Fiction’s Inexhaustible Voice: Speech and Writing in Faulkner, Athens: University of Georgia Press, 1989, pp. 3 et 236.

H. Collin Messer, Exhausted Voices: The Inevitable Impoverishment of Faulkner’s “Garrulous and Facile” Language, Southern Literary Journal, volume 39, number 1 (fall 2006), pp. 1–15.

Cette tension essentielle entre la voix et l'écriture est l'une des caractéristiques du mouvement moderniste en littérature et nous aurons l'occasion d'ouvrir d'autres dossiers sur des écrivains (comme James Joyce) participant aussi de ce mouvement et construisant aussi des scénographies de la voix.