Langue maternelle et nostalgie

«La langue maternelle possède une force infiniment plus grande qu'une langue étrangère, auprès de l'homme cultivé aussi bien que de l'homme inculte, force telle qu'elle a, pour l'oreille qui la retrouve après une longue absence, des accents magiques, et qu'entendue loin de la patrie, elle suscite une poignante nostalgie. Il est clair que cet effet n'intéresse pas ce qu'il y a en elle de purement spirituel, la pensée ou les sentiments explicites, mais ce qu'elle a de moins explicable, et de plus individuel: l'élément phonétique. C'est comme si, en percevant cette rumeur natale, nous percevions une part de notre être.»

W. von Humboldt, La Différence de construction du langage dans l'humanité et l'influence qu'elle exerce sur le développement spirituel de l'espèce humaine [1830-1835], §14, dans Werke, III (Schriften zur Sprachphilosophie), Stuttgart, Cotta, 1963, pp. 426 ss.; en français dans W. von Humboldt, Introduction à l'œuvre sur le kavi, trad. Caussat, Paris, Seuil, 1974, p. 198.


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