Prochain séminaire
Jeudi 18 mars 2010
de 11h à 13h, salle 8, 105 bd Raspail
Je reste insatisfait des présentations que j'ai faites jusqu'à présent de l'iconicité dans le langage, et plutôt que de multiplier les gloses en restant prisonnier de la terminologie et des approches contemporaines, je vais en explorer la préhistoire. Mon point de départ est l'article COMPOSITION du Dictionnaire de musique de Jean-Jacques Rousseau (1767):
«Dans une composition l’auteur a pour sujet le son physiquement considéré, et pour objet le seul plaisir de l’oreille, ou bien il s’élève à la musique imitative et cherche à émouvoir ses auditeurs par des effets moraux. Au premier égard il suffit qu’il cherche de beaux sons et des accords agréables ; mais au second il doit considérer la musique par ses rapports aux accents de la voix humaine, et par les conformités possibles entre les sons harmoniquement combinés et les objets imitables.»
Rousseau, Œuvres complètes, publiées sous la direction de Bernard Gagnebin et Marcel Raymond dans la «Bibliothèque de la Pléiade» (Paris, Gallimard, 1959-1995), Vol. V, pp. 721–722.
C'est dire que la voix humaine rend présents à l'âme de l'auditeur les objets qu'elle «imite»; elle produit son chant et ses accents en conformant les sons aux «objets imitables». J'espère éclairer par comparaison cet art d'imitation (la mélodie) qui modèle les sons sur les objets qui nous émeuvent (selon Rousseau) et le jeu des correspondances (l'iconicité) entre le registre des sons (the level of sounds) et le registre de la signification (the level of meaning) selon Jakobson quand the sound [is] an echo to the sense.
Un Dossier sur La voix des cantatrices vient d'être constitué dans la section Linéaments, rassemblant nos analyses des 25 février et 4 mars. Un ensemble de textes et documents rassemblés autour de Consuelo (George Sand) et de La Mise à mort (Aragon) sont désormais accessibles sur une nouvelle page de la bibliothèque numérique intitulée Musique vocale et littérature.