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Langage et biodiversité
En nous interrogeant sur les rapports entre le langage et la biodiversité, non seulement nous soulevons un ensemble de questions brûlantes d'ordre philosophique et politique, mais surtout nous remplissons une mission qui fut assignée à l'EHESS au moment de sa refondation en 1985. Telle qu'elle est instituée par le décret du 12 avril 1985, en effet, l'Ecole des hautes études en sciences sociales a pour mission la recherche et l'enseignement de la recherche en sciences sociales, et le Titre premier, article 3 de ce décret le précise: «Elle inclut dans les sciences sociales les rapports que celles-ci entretiennent avec les sciences de la nature et de la vie.» L'étude des rapports entre l'anthropologie du langage et les sciences de la nature et de la vie qui, depuis Franz Boas (1858-1942), occupe une place prépondérante dans l'anthropologie culturelle américaine, a d'abord pris la forme de l'ethnoscience, une discipline dans laquelle on part des catégories de pensée et de langue indigènes pour analyser la connaissance qu'une société a de son environnement. Les recherches qui se sont développées ensuite autour de l'hypothèse de Sapir et Whorf, l'hypothèse du relativisme linguistique, se sont orientées dans d'autres directions — les uns adoptant les méthodes expérimentales des sciences cognitives tandis que les autres exploraient la poéticité naturelle des langues — mais elles ont néanmoins indirectement un impact sur les disciplines de l'anthropologie sociale qui sont proches de la médecine et de l'écologie et qui traitent de sujets tels que: langage et image du corps, langage et paysage, etc. Enfin, depuis une dizaine d'années avec l'émergence d'une anthropologie-action travaillant en faveur de la reconnaissance des droits intellectuels des sociétés indigènes, la protection de la diversité linguistique est associée à la question du développement durable et de la biodiversité. A ces trois premières dimensions de notre enquête sur langage et biodiversité — 1°) l'ethnoscience, 2°) l'hypothèse de Sapir et Whorf, 3°) la diversité linguistique et le développement durable — s'en ajoute une quatrième, 4°) la dimension historique: l'anthropologie et la linguistique doivent plus particulièrement collaborer avec l'histoire des sciences naturelles, à chaque fois que, sur un terrain d'ethnographie donné, les langues et les savoirs indigènes ont été associés au développement de la zoologie et de la botanique occidentales.
Premiers éléments d'une bibliographie François Dagognet, Le Catalogue de la vie. Etude méthodologique sur la taxinomie, Paris, PUF, 1970. John J. Gumperz and Stephen C. Levinson (Edited by), Rethinking Linguistic Relativity, Cambridge, CUP, 1996. John A. Lucy, Language Diversity and Thought. A reformulation of the linguistic relativity hypothesis, Cambridge, CUP, 1992. Luisa Maffi (Edited by), On Biocultural Diversity. Linking language, knowledge, and the environment, Washington and London, Smithsonian Institution Press, 2001. Glauco Sanga and Gherardo Ortalli (Edited by), Nature Knowledge. Ethnoscience, Cognition, and Utility, New York and Oxford, Berghahn Books, 2003. Edward Sapir, Selected Writings in Language, Culture, and Personality, Edited by David G. Mandelbaum, Berkeley, Univ. of California Press, 1949; paperback ed., 1985. Edward Sapir, Anthropologie, traduit de l'américain par Christian Baudelot et Pierre Clinquart, Paris, Minuit, 1967; rééd. Paris, Seuil, coll. Points, 1971. Edward Sapir, Linguistique, traduction de Jean-Elie Boltanski et Nicole Soulé-Susbielles, Paris, Minuit, 1968; rééd. Paris, Gallimard, coll. Folio, 1991. [Benjamin Lee Whorf], Language, Thought and Reality. Selected Writings of Benjamin Lee Whorf, Edited with an introduction by John B. Carroll, Cambridge, Mass.? The MIT Press, 1956. (Constamment réimprimé.) Francis Zimmermann, Le Discours des remèdes au pays des épices. Enquête sur la médecine hindoue, Paris, Payot, 1989.
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