L'expression langues minoritaires s'est imposée dans la littérature administrative et le discours politique pour des raisons en quelque sorte diplomatiques; il s'agissait de gommer les connotations traditionalistes qui se font sentir lorsqu'on parle des «langues régionales» et du «régionalisme» (idéologie politique). Les langues minoritaires sont, en première analyse, des langues locales. Une langue locale est l'instrument d'une identité collective. Une langue locale devient le lieu d'un combat, dans le cadre des entités politiques de type occidental — Etats-nations, fédérations, institutions internationales —, dès que l'appartenance de ses locuteurs à un groupe social particulier fait l'objet d'une contestation ou d'une revendication.
Les langues «minoritaires» sont définies comme telles dans l'esprit des gens qui appartiennent à une unité politique englobante. L'adjectif minoritaires relève de ce qu'on appelle «l'idéologie linguistique» (concept forgé par Michael Silverstein en 1979), c'est-à-dire les idées que se font les locuteurs sur la langue qu'ils parlent et qui façonnent la structure et l'emploi de cette langue. L'idéologie linguistique lie la langue à la subjectivité, au pouvoir politique, aux jugements de valeur sur les énoncés qui, dans une culture donnée, constituent une parole vraie, belle ou vertueuse. La question des langues minoritaires (qui relève au sens strict de la sociologie politique) croise la question de la langue maternelle — définie comme valeur, instrument d'une pratique, institution sociale et finalité politique et esthétique — dans tous les cas où la langue maternelle est menacée ou revendiquée, oubliée ou au contraire revivifiée par la traduction et la littérature.
Distinguons les langues «minoritaires» (fait politique) et les langues «minorées» (jugement de valeur). Certes le plus souvent ces deux formes d'infériorité coincident si bien que le fait politique masque le jugement de valeur. Mais il faut porter attention au cas des langues littéraires, comme l'italien et même le français, qui sont aujourd'hui minorées dans le champ de la communication alors même qu'elles restent majoritaires au sein de l'Etat-nation qu'elles ont historiquement constitué.