Diversité des langues et ethnosciences

Le parangon des polyglottes

Dans la salle de l'Opéra italien de Berlin au mois de février 1751, la princesse Amélie de Prusse s'adresse à sa suivante:

— Elle [mademoiselle Berberini, danseuse] est jolie comme un ange, elle a de l'esprit comme un diable, elle est instruite, elle parle je ne sais combien de langues. […]

— Et Votre Altesse voudrait voir aussi une mésalliance de cour s'établir entre le roi et quelque demoiselle d'Opéra?

— Ah ! avec la Porporina la chose serait plus probable et la distance moins effrayante. J'imagine qu'au théâtre, comme à la cour, il y a une hiérarchie, car c'est la fantaisie et la maladie du genre humain que ce préjugé-là. Une chanteuse doit s'estimer beaucoup plus qu'une danseuse ; et l'on dit d'ailleurs que cette Porporina a encore plus d'esprit, d'instruction, de grâce, enfin qu'elle sait encore plus de langues que la Barberini. Parler les langues qu'il ne sait pas, c'est une manie de mon frère…

George Sand, La Comtesse de Rudolstadt (1843)

Polyglottes? Nous nous efforçons de le devenir. Nous sommes aussi passionnés de diversité linguistique que le roi de Prusse Frédéric II le Grand, le parangon des polyglottes épinglé dans le dialogue ci-dessus: parler toutes les langues que nous ne savons pas, c'est la passion des chercheurs dans les études d'aires culturelles. Si modeste que soit notre pratique de la langue locale, nous appliquons le Variationnisme à la diversité des langues et des communautés de parole sur une aire culturelle donnée.