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Appropriation du milieu naturel — 1

Objet du débat [ou de la problématique] —
Comment un groupe social dans ses pratiques, ses institutions et ses représentations s'adapte à l'écologie locale, s'approprie les ressources du milieu naturel (agriculture, élevage, foresterie) et insère les produits de son travail dans l'économie de marché.

20 novembre 2017
Frontières et cultures de la paysannerie

Le débat sera présenté à partir d'une lecture critique de textes sur la paysannerie dans la seconde partie (Connections) et la troisième partie (Peasants) du recueil d'articles de:

Eric R. Wolf, Pathways of Power.
Building an Anthropology of the Modern World
,
Berkeley, University of California Press, 2001.
Exclusivement les pp. 147–190 et 191–303

Dans la Bibliothèque Tessitures:
Anthropologues 1930s–1980s > Wolf (Eric)

Eric Robert Wolf (1923–1999) est un anthropologue américain d'origine autrichienne, surtout connu pour son étude des paysans en Amérique latine et pour sa défense des perspectives marxistes en anthropologie. Lisez son Autobiographie publiée en introdction à Pathways of Power. Il était né à Vienne dans une famille juive. Pour échapper au nazisme, il émigra en Angleterre en 1938 puis aux Etats-Unis en 1940.

Pour situer Eric Wolf

Dans la Bibliothèque Tessitures:
Anthropologues 1930s–1980s > Wolf (Eric)

Lucette Valensi, [Recension de:] Eric R. Wolf, Europe and the People Without History, Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 38ᵉ année, n°6, 1983. pp.1280–1281. L'essentiel est dit sur Wolf dans ces deux pages.

Michel Naepels, [Compte rendu de:] Eric Wolf, Pathways of Power. Building an Anthropology of the Modern World, L'Homme, n°163, juillet—septembre 2002, pp.245–246.

Pour choisir parmi ses textes sur la paysannerie

Si vous décidez de consacrer votre travail écrit à Eric Wolf, je vous rappelle l'obligation de travailler sur Pathways of Power qui est un livre de recherches — et non pas sur Peasants, que vous avez peut-être déjà lu, qui est un manuel de grande valeur mais pas un ouvrage de recherche — et je vous recommande de choisir l'un des deux dossiers présentés au séminaire:

• Les communautés paysannes closes sujets de droit et exerçant des droits collectifs sur le sol, les Closed Corporate Peasant Communities.

• Une polarité historique et anthropologique entre paysans et citadins sur un même sol, la Frontière cachée séparant les villages de St. Felix (germanophone) et de Tret (italophone) dans une vallée alpine du Haut Adige.

Au séminaire, je présenterai le chapitre 10 (Closed Corporate Peasant Communities), p.147ss., et le chapitre 21 (Peasant Nationalism in an Alpine Valley), p.289ss.

Trois avancées méthodologiques dans l'œuvre de Wolf

Première vertu, cet anthropologue prend l'histoire au sérieux. Dans l'étude exemplaire qu'il a conduite avec Cole sur une vallée alpine, The Hidden Frontier. Ecology and Ethnicity in an Alpine Valley (1974), il montre que «seule l'histoire de longue durée permettait de rendre compte des structures actuelles» (L. Valensi).

L'une de ses problématiques est la dialectique entre centre et périphérie: «les relations réciproques entre le centre du monde capitaliste et les régions qui lui ont été progressivement soumises. Mieux: en anthropologue, l'auteur change de point de vue et se plaçant à la périphérie, il étudiera l'accueil que celle-ci fait à l'expansion capitaliste» (L. Valensi). Il se place donc du côté des subalternes comme on disait dans les années 1980, les gens d'en-bas, les colonisés. On lui a reproché dans ses écrits sur l'expansion européenne, néanmoins, de ne pas leur avoir accordé l'agency comme on dit aujourd'hui, c'est-à-dire le statut d'acteurs de leur propre histoire. «Une fois de plus, les régions gagnées par l'expansion européenne sont décrites non comme les acteurs mais comme les victimes passives de l'histoire» (L. Valensi). On nuancera cette critique en lisant l'ouvrage d'ethnographie historique consacrée à une vallée alpine du Haut Adige, où, au contraire, Wolf et Cole montrent l'inventivité et la force de caractère des paysans tyroliens dans leur résistance aux ingérances du pouvoir central et au nazisme dans les années 1940.

Troisième vertu, il essaie de combiner l'approche symbolique (une anthropologie des valeurs) et l'approche économique (anthropologie des processus matériels), qu'il définit avec lucidité au début du chapitre 19 (On Peasant Rent) où il esquisse l'étude de la rente foncière versée par les tenanciers aux landlords ou titulaires des droits sur la terre:

(Pathways of Power, 260) Peasant studies in American anthropology have taken two different approaches. A first approach strove to explore the understandings in peasants' minds, seeking a definition of peasant values or worldview. The second took its departure from the study of the material, economic, and political processes at work in peasant life, and aimed at constructing a political economy of peasantry. Central to the first approach was the concern with the cultural encounter between city and country, civilization and folk, “great tradition” and “little tradition.” Central to the /261/ second approach was the definition of mechanisms linking cultivators to economy and polity, to market and state.

Dans les dossiers que je présente, les deux approches sont combinées.