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Closed Corporate Peasant Communities

20 novembre 2017
Frontières et cultures de la paysannerie

Textes sur la paysannerie dans la seconde partie (Connections)
et la troisième partie (Peasants) du recueil d'articles de:
Eric R. Wolf, Pathways of Power.
Building an Anthropology of the Modern World
,
Berkeley, University of California Press, 2001.
Exclusivement les pp. 147–190 et 191–303

Eric Wolf a mis en évidence une structure sociale traditionnelle très répandue à travers le monde. Ce sont les «petites communautés de village» (little village communities) comme on disait dans l'anthropologie sociale classique. Wolf les appelle Closed Corporate Peasant Communities. Sociétés fermées ou «closes» (closed), vivant en autarcie, le village étant collectivement sujet de droit (corporate), c'est-à-dire que la communauté remplit collectivement les tâches assignées à ses membres et contrôle collectivement les ressources locales:

(Pathways of Power, 169) I would invoke similar factors for the continued existence, in certain parts of the world, of what I have labeled elsewhere the closed corporate peasant community (Wolf 1955b, 1957). Such communities — and I am thinking here primarily of Middle America but also of Central Java, the Russian mir, and perhaps also the Near Eastern musha'a — occur in areas where the central power does not or cannot intervene in direct administration, but where certain collective tasks in taxation and corvée are imposed on the village as a whole, and where the local village retains or builds administrative devices of its own natural and social resources.

Je commenterai Worf sur ce thème dans la perspective d'un asianiste en me référant à l'Asie du sud et du sud-est. En effet, bien que Wolf ne s'y réfère pas, l'un des pères fondateurs de l'anthropologie sociale, Sir Henry Sumner Maine dans Ancient Law (1861), décrivait déjà en Inde ces petites communautés de village, autarciques et sujets de droit collectifs.

Voir sur le site Terre des vivants:

http://ginger.tessitures.org/terre-des-vivants/corps-relationnels/corps-relationnels-2016-2017/terre-et-parente-inde-19e/

Dans le chapitre 10 (Closed Corporate Peasant Communities), p.147ss., sur lequel je vous recommande de concentrer votre lecture critique, je relèverai brièvement deux points.

Page 153, une excellente définition des communautés closes sujets de droit, qu'il vous faudra replacer dans son contexte:

In Java, … corporate peasant communities did not take shape until after the coming of the Dutch, when for the first time the village as a territorial unit became a moral organism with its own government and its own land at the disposal of its inhabitants.

L'image d'un corps vivant connotée dans le mot anglais corporate est bien traduite par le mot «organisme», et le concept de «sujet [de droit]» que désigne le mot corporate est connoté par l'adjectif «moral». Dire d'une communauté paysanne qu'elle est corporate, c'est dire qu'elle est «une personne morale» (langage juridique en français). En l'occurrence, elle se gouverne elle-même et exerce des droits sur la terre.

Page 154, Eric Wolf admet que cette structure sociale traditionnelle est, à Java, le produit de l'histoire et de la colonisation européenne, a child of conquest. Mais il ajoute aussitôt que ce n'est pas nécessairement, dans d'autres régions du monde, le produit d'une domination étrangère imposée par la force des armes. Ce peut être tout simplement la forme que prend la résistance des paysans à l'emprise de l'Etat ou d'une caste d'entrepreneurs qui imposent leur domination, autrement dit, le résultat «d'un clivage de la société entre dominants et dominés» (of the dualization of society into a dominant entrepreneurial sector and a dominated sector of native peasants). C'est le cas par exemple (je parle comme indianiste) dans les petites communautés de village traditionnelles en Inde, face au pouvoir royal.