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La parenté — 3

23 janvier 2017
La consubstantialité des individus apparentés
et la personne divisible

Le troisième séminaire sera consacré à une lecture critique de:

Ronald B. Inden and Ralph W. Nicholas,
Kinship in Bengali Culture,
Chicago, University of Chicago Press, 1977

Dans la Bibliothèque Tessitures:
Parenté > Substance et code

Objet du débat:
Les liens sociaux s'établissent-ils nécessairement entre des individus? Ne faut-il pas remettre en question la dichotomie entre Individu et Société qui est une idée reçue dans l'idéologie occidentale?

Inden et Nicholas ont une approche culturaliste de la sexualité, de la procréation et des liens de parenté qui en résultent. David Schneider fut le premier (American Kinship, 1968) à employer le terme analytique de substance et la polarité entre substance et code pour expliquer comment, dans l'idéologie américaine de la parenté, c'est-à-dire les représentations locales de la parenté aux Etats-Unis, le sang, substance corporelle, était conçu comme le véhicule de transmission de codes sociaux (règles, noms, titres, pouvoirs…) à travers la procréation. Les indianistes Inden et Nicholas reprirent cette approche.

(p. xii) With Schneider, we regard a "kinship system" as a cultural system. By a cultural system we mean a system 0f symbols or, to be more precise, a system of meanings of symbols… [Schneider] found that two symbolic features, operating either singly or in combination define the domain of kinship in American culture — shared "blood," an inherited natural substance, and "love," a particular moral code for conduct. Shared or inherited "substance" (dhātu) and "code for conduct" (dharma) prove also to be the two features by which kinship is defined in Bengali culture.

Mais ils complétèrent le concept de substance corporelle définie par Schneider comme le véhicule de transmission de codes sociaux, en ajoutant que, dans l'idéologie bengalie de la parenté, les substances non corporelles comme la terre, les aliments ou le son, c'est-à-dire des substances appartenant au monde environnant et non pas à la physiologie du corps humain, étaient tout aussi vivantes que les substances corporelles stricto sensu, et qu'elles véhiculaient elles aussi des codes sociaux dont le partage crée des liens de parenté.

(p. 32) Persons who have no bodily relationship may nevertheless be related by the repeated sharing or gift and acceptance of nonbodily substances on a sustained basis. Under the monistic assumption of Bengali Hindu culture, nonbodily substances as well as bodily substances may be considered as "living" and as sources and sustainers of well-being and unity.

Cette observation ethnographique selon laquelle, dans l'idéologie bengalie, le partage et le don des substances non corporelles comme la terre, la nourriture et le langage sont créateurs de parenté est le point de départ d'une thèse popularisée par McKim Marriott à Chicago, puis empruntée par Marilyn Strathern en Angleterre, thèse selon laquelle il faut déconstruire la notion occidentale d'individu et concevoir la personne humaine comme divisible si l'on veut décrire correctement la consubstantialité des individus apparentés.

Lectures complémentaires

Dans la Bibliothèque Tessitures:
Parenté > Substance et code

Cecilia Busby, Permeable and Partible Persons: A Comparative Analysis of Gender and Body in South India and Melanesia, The Journal of the Royal Anthropological Institute, Vol.3, No.2 (Jun., 1997), pp.261-278.

Janet Carsten, After Kinship, Cambridge, CUP, 2004, Chapter 5 (Uses and Abuses of Substance), spécialement pp.116 ss.