SÉMINAIRE D'ANTHROPOLOGIE LINGUISTIQUE DU JEUDI
Tous les Jeudis de 11 heures à 13 heures, salle 7 (105 boulevard Raspail)
1 / Les théâtres d’Asie comme objets d’anthropologie
(premier semestre 2007-2008)
Un théâtre centré sur le corps de l'acteur-danseur
A two-step process of performance preparation indicates the nature of most Asian traditional theatre. The process is centred in the actor, for the actor is the source and repository of most performance information. In many forms there are strong dramatic texts, written by elite, or at least knowledgeable, specialist playwrights, that exemplify local literary standards and forms. But in other genres the centrality of the actor extends to script composition: the actor may be a playwright, or improvise dialogue and, in some cases, song lyrics during performance. In order to function at this high technical level, the first task of the actor (dancer or musician) is to become proficient in the artistic and performance 'codes', the artistic languages, of the theatre form. One does not begin by training to 'act'; one begins by training to be a skilled 'artist'.
James R. Brandon, The Cambridge Guide to Asian Theatre, Cambridge, CUP, 1993, p. 5.
8 novembre • Théâtre de parole et théâtre de gestuelle
Une problématique fondatrice de l'anthropologie et de la linguistique d'aujourd'hui, pour autant que nous définissions nos deux disciplines comme une approche conjointe de «l'énonciation». Au risque de trop simplifier les choses, les théâtres d'Asie, qui sont presque toujours des théâtres dansés, nous semblent fortement contraster avec toutes les formes de théâtre de la déclamation et de la conversation qui ont fleuri en Occident à l'époque moderne et contemporaine. Mais nous ne sommes pas historiens; nous nous efforçons de faire ressortir les articulations structurales entre la parole et le geste.
15 novembre • Le théâtre dansé, ou le «format de production d'une énonciation»
«Je ne croirais qu'à un dieu qui sache danser», disait Zarathoustra (Nietzsche), cité par Lyne Bansat-Boudon, dans «Le voile de la Mâyâ. Conceptions indiennes de la théâtralité», Purushartha, 20 (Théâtres indiens), 1998, p. 9.
Comment analyser, avec les outils de l'anthropologie linguistique, ce qu'ajoute la gestuelle à ce qui est déclamé en dansant, quand le geste confirme l'autorité de la parole? Je croiserai une page du Nâtyasâstra avec la distinction fondatrice de notre discipline, qu'Erving Goffman trace dans Façons de parler, entre l'«auteur» et le «responsable» de ce qu'on donne à voir et de ce qu'on fait entendre au théâtre comme dans les rituels de la vie quotidienne.
22 novembre • Ramayana et Ramlila, ou la performance
Je prends ici le mot anglais performance seulement dans ses emplois au théâtre et dans les arts vivants. La performance associe, sans idée préconçue, les arts visuels (le décor), le théâtre, la danse, la musique, la vidéo, la poésie et le cinéma. Pour compléter cette liste d'arts de performance traditionnels, il conviendrait d'ajouter: la mimique, la gymnastique et l'acrobatie, la sculpture et la gestuelle, etc. Il est intéressant de distinguer de l'acteur de théâtre, tel qu'il s'est défini en Europe à l'époque moderne, le performer (en anglais).
«the Performer Terme anglais parfois utilisé pour marquer la différence avec le terme d'acteur, trop limité à l'interprète du théâtre parlé. Le performer, au contraire, est aussi le chanteur, le danseur ou le mime, bref tout ce que l'artiste est capable de réaliser (to perform) sur une scène de spectacle. Le performer réalise toujours un exploit (une performance) vocal, gestuel ou instrumental, par opposition à l'interprétation et à la représentation mimétique du rôle par l'acteur.»
Patrice Pavis, Dictionnaire du théâtre, Paris, 1996; rééd. Colin, 2004, s.v. Performer.
Les représentations théâtrales de l'histoire de Rama, dans l'extrordinaire diversité de leurs formes et de leurs langues, sont l'illustration par excellence du «fait social total». Du rite au théâtre. Du sanskrit au vernaculaire. De la Parole au Chant. Une approche inédite de la problématique du Parler-Chanter, qui est l'un des axes de recherches du PRI «Anthropologie et linguistique».
Lecture vivement recommandée, lors du séminaire du 22 novembre:
bauman_verbal_art_performance.pdf — Richard Bauman, Verbal Art as Performance, American Anthropologist, New Series, Vol. 77, No. 2, June 1975, pp. 290-311
29 novembre • L'effet Sakuntala, ou la métalepse narrative
dans la mise en scène imitative d'histoires de vies contemporaines
«Pour comprendre ce que désigne la métalepse en narratologie, il faut rappeler d'abord qu'on admet en général que tout récit est une narration d'événements et que par conséquent il s'organise en deux niveaux clairement séparés: le niveau de la narration et celui des événements narrés. Cette distinction n'apparaît d'ailleurs pas comme étant spécifique du récit, mais semble définitoire de la représentation comme telle. Par ailleurs, à première vue du moins, elle semble valoir non seulement pour le récit factuel (qui présuppose l'antériorité, fût-elle minimale, du contenu narré sur sa narration), mais aussi pour le récit fictionnel pour autant qu'il mime le premier. Toute contamination d'un niveau par l'autre semblerait donc aller à l'encontre de la nature même de la représentation, et plus spécifiquement du récit. Et pourtant, dans la réalité de l'art narratif, les choses sont plus complexes. Un des procédés narratifs qui, potentiellement, s'inscrivent en faux contre la thèse d'une telle distinction d'essence entre le niveau de la narration et celui du narré est le récit enchâssé, ou récit métadiégétique. En effet, si les récits enchâssés entretiennent «normalement» avec leurs récits enchâssants une relation soit explicative soit thématique, la tradition littéraire nous offre aussi des exemples de contamination volontaire entre les deux niveaux, un mariage forcé en quelque sorte qui réalise de manière insolite le passage du narrateur ou du narrataire dans le domaine des personnages, ou inversement. C'est cette contamination de niveaux qu'on désigne, à la suite de Genette, du terme de «métalepse».»
John Pier et Jean-Marie Schaeffer (Sous la direction de), Métalepses. Entorses au pacte de la représentation, Paris, éd. de l'EHESS, 2005, p. 11.
Dossier ethnographique de première main à partir duquel je proposerai 1°/ une analyse des métamorphoses successives du personnage théâtral de Sakuntala, 2°/ une analyse de la transgression des frontières entre les différents espaces-temps où se joue le destin de Sakuntala et, enfin, 3°/ une analyse de l'effet illocutoire des mentions ou des évocations de Sakuntala: une Sakuntala contemporaine au Travancore d'après des textes en malayalam de Thakazhi Sivasankara Pillai.

De nombreux articles ont été placés dans le dossier Sakuntala de la Ganapati Library:
http://ehess.philosophindia.fr/ganapati
6 décembre • La théâtralité et la mise en scène de la voix
«Concept formé probablement sur la même opposition que littérature/littérarité. La théâtralité serait ce qui, dans la représentation ou dans le texte dramatique, est spécifiquement théâtral (ou scénique) au sens où l'entend par exemple Antonin Artaud [dans Le Théâtre et son double] lorsqu'il constate le refoulement de la théâtralité sur la scène européenne traditionnelle:
«Comment se fait-il qu'au théâtre, au théâtre du moins tel que nous le connaissons en Europe, ou mieux en Occident, tout ce qui est spécifiquement théâtral, c'est-à-dire tout ce qui n'obéit pas à l'expression par la parole, par les mots, ou si l'on veut tout ce qui n'est pas contenu dans le dialogue (et le dialogue lui-même considéré en fonction de ses possibilités de sonorisation sur la scène et des exigences de cette sonorisation) soit laissé à l'arrière-plan?»
Notre époque théâtrale se caractérise par la recherche de cette théâtralité.» Patrice Pavis, Dictionnaire du théâtre, Paris, 1996; rééd. Colin, 2004, s.v. Théâtralité
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L'accès aux salles de séminaires de l'EHESS étant bloqué le 6 décembre par une poignée d'étudiants grévistes, le séminaire s'est transporté dans un café voisin, écourté et perdant la majeure partie de ses participants ratifiés. C'est pourquoi la séance du 13 décembre a été repensée pour nous permettre de faire le point sur la Performance, les espaces-temps et les frontières de la scène langagière, la mise en scène de la voix et la dialectique entre l'Œuvre théâtrale et le Texte écrit ou non écrit qui est visé dans une performance au sens anglais du mot.
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13 décembre • La Performance, l'Œuvre et le Texte
La mise en scène, dans le théâtre oriental, n'est pas le reflet d'un texte écrit, mais, pour citer Antonin Artaud, «la projection brûlante de tout ce qui peut être tiré de conséquences objectives d'un geste, d'un mot, d'un son, d'une musique et de leurs combinaisons entre eux». Artaud nous propose ici une remarquable formulation du concept de Performance avant la lettre.
Cette conception selon laquelle le théâtre n'est pas la représentation d'un texte, mais une projection dans l'espace des vibrations et des énergies internes au corps de l'acteur, on la retrouve chez Jerzy Grotowski (influence du Yoga), au Living Theatre (influence du bouddhisme tantrique), chez Peter Brook (influence du Nô et du T'ai-chi) ou chez Eugenio Barba (Inde, Bali…).
La séance du 13 décembre, la dernière avant Noël, aura pour objectif de faire le point sur quelques concepts fondamentaux, sur l'axe Performance de l'anthropologie linguistique. Il faut lire, pour s'y préparer, les huit premières pages de:
worthen_text_performance.pdf — W. B. Worthen, Disciplines of the Text/Sites of Performance, The Drama Review, Vol. 39, No. 1, Spring 1995, pp. 13-28. Dossier Performance.
Worthen commente un article célèbre et tout à fait passionnant de Roland Barthes que je viens d'ajouter à la bibliothèque numérique et dont la lecture est elle aussi vivement recommandée:
barthes_oeuvre_texte.pdf — Roland Barthes, De l'œuvre au texte [1971], repris dans ses Œuvres complètes, Paris, Seuil, Seconde édition 2002, Volume III, pp. 908-916. Dossier Performance.
Le séminaire du 20 décembre est annulé (mission à Pondichéry)
Vacances scolaires du 22 décembre 2007 au 7 janvier 2008
10 janvier 2008 • Le rôle des yeux dans des Aires culturelles différentes
Illustrations et arguments pris dans le monumental ouvrage publié sous la direction de Odette Aslan, Le Corps en jeu, Paris, CNRS Editions, 1994. Une fascinante contribution de Masao Yamaguchi sur «Le rôle des yeux dans le théâtre japonais» sera scanné et placé dans une section Théâtre de notre bibliothèque numérique. Sur l'exemple du théâtre dansé l'objectif est d'opérer, si j'ose dire, une triangulation entre le langage, le geste, le regard et la diversité des Aires culturelles.
Dans le dossier Regard:
yamaguchi_role_yeux.pdf — Masao Yamaguchi, Le rôle des yeux dans le théâtre japonais, dans Odette Aslan (Sous la direction de), Le Corps en jeu, Paris, CNRS Editions, 1994, pp. 27-32.
17 janvier • Retour sur la théâtralité: le regard du public
Lecture vivement recommandée:
reinelt_theatralite.pdf — Janelle Reinelt, The Politics of Discourse: Performativity Meets Theatricality, SubStance, Vol. 31, No. 2/3, Issue 98/99: Special Issue:Theatricality, 2002, pp. 201-215. Dossier Regard.
Et à titre d'illustration dans le dossier Performance:
lingorska_audience.pdf — Mirella Lingorska (Tübingen), Between Performance and Competence: Exploring the Idea of Audience According to Indian Classical Views, dans Heidrun Brückner, Elisabeth Schömbucher & Phillip B. Zarrilli, Eds., The Power of Performance. Actors, Audiences and Observers of Cultural Performances in India, New Delhi, Manohar, 2007.
24 janvier • Traduction dans les arts vivants — les arts vivants comme traduction
erdman_performance_translation.pdf — Joan L. Erdman, Performance as Translation: Uday Shankar in the West, The Drama Review, Vol. 31, No. 1, Spring 1987, pp. 64-88.
erdman_empowering_performance.pdf — Joan L. Erdman, Empowering Performance: the Choreographic Techniques of Uday Shankar, dans Heidrun Brückner, Elisabeth Schömbucher & Phillip B. Zarrilli, Eds., The Power of Performance. Actors, Audiences and Observers of Cultural Performances in India, New Delhi, Manohar, 2007, pp. 121-150.
Jennifer Lindsay, Translation and/of/in Performance: New Connections, in Jennifer Lindsay, Ed., Between Tongues. Translation and/of/in Performance in Asia, Singapore, Singapore University Press, 2006, pp. 1-32.
31 janvier • Le masque et la voix
Exemple pris dans: Odette Aslan et Denis Bablet, Eds., Le Masque. Du Rite au théâtre, Paris, CNRS Editions, 1985.
Bibliographie dans le dossier 'Masque et Voix'
alstrom_mask_voice.pdf —Torbjörn Alström, The Voice in the Mask, The Drama Review, Vol. 48, No. 2, Summer 2004, pp. 133-138.
davis_connor_drumstuck.pdf — C. B. Davis, Review: Stephen Connor, Dumbstruck: A Cultural History of Ventriloquism (Oxford, OUP, 2000), The Drama Review [TDR (1988-)], Vol. 46, No. 2. (Summer, 2002), pp. 174-176.
davis_ventriloquism.pdf — C. B. Davis, Distant Ventriloquism: Vocal Mimesis, Agency and Identity in Ancient Greek Performance, Theatre Journal, Vol. 55, 2003, pp. 45-65.
davis_ventriloquist_lips.pdf — C. B. Davis, Reading the Ventriloquist's Lips: The Performance Genre behind the Metaphor, Vol. 42, No. 4. (Winter, 1998), pp. 133-156.
pavlovskis_voice.pdf — Zoja Pavlovskis, The Voice of the Actor in Greek Tragedy, Classical World, Volume 71, No. 2, October 1977, pp. 113-123.
varakis_mask.pdf — Angie Varakis, Research on the Ancient Mask, Didaskalia [revue électronique], Volume 6, Issue 1, Spring 2004.
7 février • Marionnettes
Dossier ethnographique pris comme point de départ de notre enquête:
Stuart H. Blackburn, Hanging in the Balance: Râma in the Shadow Puppet Theater of Kerala, in Arjun Appadurai, Frank J. Korom and Margaret A. Mills (Edited by), Gender, Genre, and Power in South Asian Expressive Traditions, Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 1991, pp. 362-378.
Stuart Blackburn, Râma Stories and Shadow Puppets. Kampan's Râmâyana in Performance, Delhi, Oxford University Press, 1997.
Argumentaire théorique:
foley_my_bodies.pdf — Kathy Foley, My Bodies: The Performer in West Java, The Drama Review, Vol. 34, No. 2, Summer 1990, pp. 62-80.
Bibliographie
Ward Keeler, Javanese Shadow Plays, Javanese Selves, Princeton, Princeton University Press, 1987.
Emiko Ohnuki-Tierney, The Monkey as Mirror. Symbolic Transformations in Japanese History and Ritual, Princeton, Princeton UP, 1987.
proschan_puppet_voices — Frank Proschan, Puppet Voices and Interlocutors: Language in Folk Puppetry, The Journal of American Folklore, Vol. 94, No. 374, Folk Drama (Oct. - Dec., 1981), pp. 527-555.
schuster_puppets.pdf — Michael Schuster, Visible Puppets and Hidden Puppeteers: Indian Gombeyata Puppetry, Asian Theatre Journal, Vol. 18, No. 1, Special Issue on Puppetry, Spring 2001, pp. 59-68.
14 février • L'envers de Shakespeare
Conclusion de ce cycle de séminaires
en forme de réflexion sur
une séquence de Shakespeare Wallah de James Ivory (1965)
(fin du premier semestre)
2 / Scénographies de la voix intérieure, de la voix sourde ou de la voix off
(second semestre)
21 février 2008 • Introduction: Les relais de la voix, approche anthropologique
Lectures vivement recommandées pour se préparer à ce cycle de séminaires,
à télécharger dans les dossiers Sapir et Friedrich de la bibliothèque:
sapir_speech_personality.pdf — Edward Sapir, Speech as a Personality Trait, The American Journal of Sociology, Vol. 32, No. 6, May 1927, pp. 892-905.
friedrich_speech_personality.pdf — Paul Friedrich and James Redfield, Speech as a Personality Symbol: The Case of Achilles, Language, Vol. 54, No. 2, June 1978, pp. 263-288.
ATTENTION
Les séminaires des 28 février, 6 mars et 13 mars sont annulés
(mission à Pondichéry)
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