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Commediante. Le théâtre et la gestuelle |
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La catégorie «baroque» appliquée aux langues et à la musiqueSéminaire du Jeudi 2 mars 2006
L’objet de ce séminaire, c’est bien la performance (au sens du mot en anglais), la fonction expressive du langage (au sens de Jakobson), ainsi qu’une «idéologie linguistique» (au sens technique de cette expression chez les anthropologues linguistes) qui fleurit à certaines époques et dans certaines sociétés. Dans cette forme dominante de rapport au langage, forme dominante à une certaine époque et dans certains milieux, la vive voix et ses intonations, colorations et roucoulades les plus acrobatiques accompagnées d’une gestuelle et d’un décor à l’unisson — les plus invraisemblables, les plus kitsch — sont valorisées. Encore une fois, nous ne sommes ni historiens ni esthéticiens, mais nous prenons pour objets des institutions et des pratiques, à une époque et dans un milieu social donnés, qui font jouer tous les rouages de la communication, de l’expression de soi et de la mise en scène — performance — dans le champ du langage et des sons phoniques (c’est-à-dire les sons de la voix humaine). Sous tous les phénomènes langagiers et musicaux de l’univers «baroque», je cherche les structures élémentaires de la «performance». Ce qui nous intéresse, donc, dans la littérature, les arts vivants et la musique de «l’âge baroque», ce sont des institutions particulières, des groupes sociaux particuliers et de nouvelles techniques (musicales, théâtrales), qui par comparaison font ressortir aujourd’hui (en 2006) les causes et les formes d’un nouveau culte de la voix. C’est une façon de concevoir l’époque baroque, certes biaisée mais légitime (pour les anthropologues qui cherchent à «modéliser» le langage in performance), que de souligner par exemple — on sera surpris mais il suffit de lire l’un ou l’autre des beaux livres dont on dispose sur cette époque pour s’en convaincre — que la pédagogie dans les collèges jésuites fut l’une des institutions les plus importantes dans la construction de ce culte de la vive voix en Occident entre (disons pour faire court) 1580 et 1750: diffusion de toutes les formes dramatiques baroques, pièces à machines, ballets, opéras, jeux théâtraux et décoratifs…
(éléments de bibliographie — partielle et subjective) Sylvie Bouissou, Vocabulaire de la musique baroque, Paris, Minerve, 1996.
(un point de départ pour penser performance
(le parler chantant — une idéologie linguistique)
Les tentatives de créer un spectacle total fondé sur la croyance en la synesthésie culminent à l’époque du Symbolisme (Debussy, le chant naturel de la langue dans Pelléas et Mélisande). Mais… «Cette réconciliation «sublime» du mot et de la note, du sens et du son ne représente […] qu’une idéologie […] parmi d’autres, sinon une imposture, du moins une rhétorique: la formalisation d’une tendance esthétique qui remonte à l’ère rhétorique par excellence, l’âge baroque.» (Deshoulières, 71.)
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