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Scénographies de la voix

Commediante. Le théâtre et la gestuelle

Autour de Consuelo (George Sand)
Fétichisme de la voix index de vérité

 

A propos de Consuelo dans escal_consuelo.pdf:

«La voix, pour Rousseau, c'est la possibilité même du cri au plus près des affects, ce sont les inflexions infimes, les «accents» du langage de la nature en-deçà de l'articulation, de cette langue-compassion qu'il oppose au langage conventionnel de communication, et qui fut la première langue des hommes: in illo tempore. Mais pour George Sand, la musique ainsi entendue est encore présente en nous et autour de nous: tous les peuples aujourd'hui encore ont une musique, sinon la même musique, et tous peuvent s'entendre et se comprendre par l'effet, le truchement de ce langage. C'est que Dieu nous a donné à tous un juge fin et délicat, l'oreille. L'oreille est sans contredit le plus sensible, le plus subtil, le plus spirituel de nos sens. C'est l'organe de l'âme: «Cette belle voix et cette belle musique ne me sortaient pas de l'âme et de l'oreille», soupire le bon chanoine (II, 125). […] C'est pourquoi le jeune Haydn déclare à Consuelo préférer l'oratorio à l'opéra: l'image est trompeuse, défectueuse, vaine, quand la musique, toute seule, peut nous entraîner dans des régions vraiment élevées:

Ce que tu me dis là, répondit Haydn, m'explique pourquoi, en sentant la nécessité d'écrire des opéras pour le théâtre [...], je me sens plus d'inspiration et d'espérance quand je pense à composer des oratorios. Là où les puérils artifices de la scène ne viennent pas donner un continuel démenti à la vérité du sentiment, dans ce cadre symphonique où tout est musique, où l'âme parle à l'âme par l'oreille et non par les yeux, il me semble que le compositeur peut développer toute son inspiration, et entraîner l'imagination d'un auditoire dans des régions vraiment élevées (II, 272).

Là où le peintre échoue à porter l'expression à son plus haut degré de spiritualisation et d'idéalisation, le musicien peut y réussir. Le visuel est d'observation. Il est rationnel et s'oppose au sensible affectif: auditif. L'audition de la musique s'accompagne d'un oubli et d'un vide qui nous conduisent à un état d'abandon proche de l'hypnose, de la transe, où toute résistance est supprimée, où ne résonne plus que le moi le plus intime, dans une privation sensorielle hormis la musique elle-même.» (Fr. Escal, “La musique est un roman”, 40-41)

La polarité entre la vue et l'ouïe prend alternativement la forme technique d'une concurrence entre l'oratorio et l'opéra et la forme philosophique d'une rivalité entre la raison et le sentiment.

 

Choix de textes disponibles dans le Dossier Musique vocale et littérature

bara_consuelo.pdf — Olivier Bara, Consuelo et “le temple de la folie”. Exaspération romanesque des tensions de la scène lyrique, dans Michèle Hecquet et Christine Planté (Sous la dir. de), Lectures de ‘Consuelo La Comtesse de Rudolstadt’ de George Sand, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 2004, pp. 167–187.

bordas_consuelo.pdf — Eric Bordas, La contre-polyphonie sandienne de Consuelo, dans Michèle Hecquet et Christine Planté (Sous la dir. de), Lectures de ‘Consuelo. La Comtesse de Rudolstadt’ de George Sand, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 2004, pp. 22–37.

escal_consuelo.pdf — Françoise Escal, La musique est un roman: Consuelo de George Sand, Revue des Sciences Humaines, Tome LXXVI, Janvier-Mars 1987, pp. 27–54.

esquier_sand_lettresVoyageur.pdf — Suzel Esquier, L’expérience de la musique dans les Lettres d’un voyageur, Recherches & Travaux [ELLUG, Editions Littéraires et Linguistiques de l'Université de Grenoble], Numéro 70, 2007, pp. 155–166. Accessible sur Revues.org
http://recherchestravaux.revues.org/index232.html

 

Les paroles sont parfois reproduites (en italien) dans Consuelo, mais pas de portées musicales dessinées sur la page d'écriture, contrairement à l'exemple que donne Balzac dans Modeste Mignon.

Cf. Christine Planté, «Modeste Mignon: les lettres, la voix, le roman», L'Année Balzacienne, 1999-I, pp. 279–292. Cité dans l'article de bara_consuelo.pdf, p. 184, n. 30 qui marque le contraste entre Sand et Balzac en ajoutant «Mais Sand rejoint Balzac pour “fétichiser la voix en indicateur absolu de vérité” [comme dit Chr. Planté]».

balzac_modesteMignon_chant.pdf — Reproduction en pleine page de la partition chantée par l'héroïne dans le roman de Balzac intitulé Modeste Mignon. Cette mise en scène de la partition musicale dans un roman est très rare.