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Histoire et courants de
l'anthropologie sociale et culturelle
(1870s-1970s)

Courants marxistes

Laurent Berger

Dans la Bibliothèque Tessitures

Chemin d'accès:
> HISTOIRE ET COURANTS DE L'ANTHROPOLOGIE (M1)
> Marxismes

Le témoignage d'Emmanuel Terray

En ce qui me concerne, mon adhésion au marxisme en anthropologie – ou plus précisément ma tentative d'utiliser les catégories et les méthodes d'approche du matérialisme historique dans le domaine traditionnel de l'anthropologie, les sociétés dites primitives – est née d'un effort pour assurer la convergence de deux ambitions ou de deux démarches, l'une d'ordre politique, l'autre d'ordre scientifique ou théorique.

«En ce qui me concerne»: je ne parle que pour moi, et je raconte un itinéraire qui est assurément banal, mais qui m'est personnel. Contrairement à une opinion qui est parfois reçue, en particulier à l'étranger, il n'y a jamais eu d'école française de l'anthropologie marxiste. Pour m'en tenir à ma génération, Maurice Godelier ou Claude Meillassoux, Pierre-Philippe Rey et moi-même n'avons jamais formé en aucune manière un groupe. Nous étions profondément divisés – non seulement sur le plan politique – Maurice Godelier appartenant alors au PC, et les autres à diverses variétés du gauchisme, mais aussi en matière de théorie, et nos divergences portaient, non pas sur des points de détail, mais sur l'interprétation de quelques-unes des notions fondamentales du marxisme. […]

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Lectures pour validation (marxismes)

Remise d’un mini-mémoire d’une quinzaine de pages exclusivement alimenté par les ouvrages suivants.

Maurice Godelier, Horizons, trajets marxistes en anthropologie, Paris, François Maspéro, 1973.

Maurice Godelier, Infrastructures, Societies, and History [and Comments], Current Anthropology, Vol.19, No.4 (Dec., 1978), pp.763–771.

Claude Meillassoux, Anthropologie économique des Gouro de Côte d’Ivoire, Paris, Maspéro, 1962.

Claude Meillassoux, Femmes, greniers et capitaux, Paris, Maspéro, 1975.

Pierre-Philippe Rey, Colonialisme, néo-colonialisme et transition au capitalisme. Exemple de la Comilog au Congo-Brazzaville, Paris, François Maspero coll. Économie et socialisme n°15, 1971.

Emmanuel Terray, Classes and class consciousness in the Abron kingdom of Gyaman, in M. Bloch, Marxist Analyses and Social Anthropology, London, Tavistock Publications, 1984, pp.85–135.




Références complémentaires aux travaux de ces auteurs

Dans la Bibliothèque Tessitures

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> HISTOIRE ET COURANTS DE L'ANTHROPOLOGIE (M1)
> Marxismes

Claude Meillassoux, Essai d'interprétation du phénomène économique dans les sociétés traditionnelles d'auto-subsistance, Cahiers d'Études Africaines,Vol.1, Cahier 4 (Dec., 1960), pp.38–67.

Pierre-Philippe Rey, Articulation des modes de dépendance et des modes de reproduction dans deux sociétés lignagères (Punu et Kunyi du Congo-Brazzaville), Cahiers d'Études Africaines, Vol.9, Cahier 35: Les Relations de Dépendance Personnelle en Afrique Noire (1969), pp.415–440.

Eleanor Burke Leacock, Introduction to Frederick [Friedrich] Engels, The Origin of the Family, Private Property, and the State, in the Light of the Researches of Lewis H. Morgan [1884], International Publishers, 1972.

Maurice Godelier, Horizon, trajets mancistes en anthropologie, 1973; Perspectives in Marxist Anthropology, Transl. R. Brain, Cambridge, CUP, 1977.

Georges Dupré, Pierre-Philippe Rey, Reflections on the pertinence of a theory of the history of exchange, Economy and Society, 2.2 (1973): 131–163.

Jonathan Friedman, Marxism, Structuralism and Vulgar Materialism, Man, New Series, Vol.9, No.3 (Sep., 1974), pp.444–469.

Emmanuel Terray, Long-distance exchange and the formation of the State: The case of the Abron kingdom of Gyaman, Economy and Society, 3.3 (1974): 315–345.

Gayle Rubin, The Traffic in Women: Notes on the "Political Economy" of Sex, in Rayna R.Reiter, Ed., Toward an Anthropology of Women, New York London, Monthly Review Press, 1975: 157–210.

Maurice Bloch, Ed., Marxist Analyses and Social Anthropology, 1975; Analisis marxistas y antropologia social, Barcelona, Editorial Anagrama, 1977.

Maurice Bloch, The Disconnection between Power and Rank as a Process. An outline of the development of kingdoms in Central Madagascar, Archives européennes de sociologie, XVIII (1977): 107–148.

Maurice Godelier, Infrastructures, Societies, and History [and Comments], Current Anthropology, Vol.19, No.4 (Dec., 1978), pp.763–771.

Donald L. Donham, Beyond the Domestic Mode of Production, Man, New Series, Vol.16, No.4 (Dec., 1981), pp.515–541.

Claude Meillassoux, Femmes, greniers et capitaux [1975]; Maidens, Meal and Money. Capitalism and the domestic community, Cambridge, CUP, 1981.

Eric R. Wolf, Europe and the People Without History, Berkeley, University of California Press, [1982] 2010.

Emmanuel Terray, Classes and class consciousness in the Abron kingdom of Gyaman, in M. Bloch, Marxist Analyses and Social Anthropology, London, Tavistock Publications, 1984, pp.85–135.

Emmanuel Terray, Anthropologie et marxisme: années 1950-70. L’Afrique, miroir du contemporain, Journée d’études de l’Institut Interdisciplinaire d’Anthropologie du Contemporain (IIAC - UMR8177 CNRS-EHESS), 19 Juin 2007, Paris, France. <halshs-00207614>

Kajsa Ekholm Friedman and Jonathan Friedman, Historical Transformations. The Anthropology of Global Systems, Lanham, AltaMira Press, 2008.

Kajsa Ekholm Friedman and Jonathan Friedman, Modernities, Class, and the Contradictions of Globalization. The Anthropology of Global Systems, Lanham, AltaMira Press, 2008.

Emmanuel Terray, Dernière séance: Les piliers de l'anthropologie française, Cahiers d'Études Africaines, Vol.50, Cahiers 2-3-4, n°198-199-200, 2010, pp.529–544.


Suite du témoignage d'Emmanuel Terray

J'en vins à conclure qu'il fallait ramener le structuralisme à ce qui était proprement son objet: l'examen des discours et des représentations. Dans la mesure où, pour recourir au vocabulaire rituel du marxisme, j'étais un ferme partisan de l'autonomie des superstructures, j'étais parfaitement prêt à poser que la parenté et les mythes formaient des champs spécifiques, fonctionnant, à un premier niveau d'analyse, selon des lois qui leur étaient particulières, et j'étais tout disposé à reconnaître au structuralisme le mérite d'avoir mis ces lois au jour. Bref, le structuralisme me paraissait légitime en tant qu'entreprise sectorielle. Mais dans le même temps, c'était au marxisme que je demandais un système d'interprétation globale. C'était également lui qui m'expliquait comment la causalité de l'ensemble se combinait avec les lois propres à chaque domaine pour produire la réalité concrète, donnée à notre observation.

[…]

N'était-il pas alors possible d'utiliser l'expérience, l'esprit et les méthodes du structuralisme pour progresser dans les domaines que le marxisme s'était toujours jusqu'à présent montré incapable de maîtriser? Inversement, ne pourrait-on trouver dans la pensée marxiste les ressources qui permettraient de dynamiser l'appareil structuraliste, de le mettre en mouvement, et donc de le rendre capable d'affronter aussi bien les rapports de production que la vie politique? Je commence par cette seconde préoccupation, car là, les choses sont simples: aussitôt qu'elle a surgi, la solution est apparue; et de même que la misère se jette sur le pauvre monde, je me suis précipité sur la notion de contradiction, et j'ai mis de la contradiction partout. C'est en ce point que j'ai rencontré les livres et l'enseignement de Georges Balandier, et à travers eux, de l'Ecole Anglaise de Manchester, en particulier Max Gluckman. Par l'attention qu'il portait aux idées d'antagonisme, de désordre, de troubles, de conflit, Georges Balandier ruinait l'idée de société froide, chère à Claude Lévi-Strauss, qui m'avait toujours paru suspecte. En même temps, il proposait une ethnologie des sociétés exotiques contemporaines de la situation coloniale qu'elles subissaient, de leurs protestations et de leurs révoltes.

Emmanuel Terray, Anthropologie et marxisme: années 1950-70.